BabyShambles - Down In Albion

BabyShambles - Down In Albion
Le plus gros gagne-pain de la presse people britannique est, au cas où certains l'oublieraient, également un grand artiste.
Rappel : Pete Doherty fut co-leader des géniaux Libertines avec son (ex ?) ami Carl Barât, avant d'être remercié. Cause : consommation excessive d'héroïne et de cracks en tous genre, tempérament imprévisible ... Bref. Tout ça appartient désormais au passé. Les Libertines ne sont plus, les Babyshambles sont géniaux.

L'habité Down In Albion annonce la couleur avec une composition ornée de la sombre innocence de Doherty. "la Belle Et La Bête" font retentir leurs rugissements le temps d'un refrain, dans lequel Kate Moss laisse entendre "is she more beautiful than me ?". Le reste n'est que preuve du talent de l'extraordinaire camé. Parfois dandy punk ("Fuck Forever", "Pipedown"), parfois terrible reggaeman branleur ("Sticks And Stones"), Doherty plane avec les étincelles noires de son esprit, voguant tantôt avec la mort, tantôt avec l'humour ("Pentonville", ragga interprété par General, protecteur de cellule de Pete Doherty). Bien sûr, il est impossible d'échapper à l'efficace single "Killamangiro", composition plus que bondissante basée sur de sublimes coups de guitares brouillons. Mais ce titre n'est qu'une bribe du génie musical du disque. L'insoutenable "Albion", romantique dans le sens destroy du terme, en est la pièce maîtresse.

Cet album au son live, dans la pure tradition Libertines, fait retentir une complainte exceptionnelle, l'art d'un mythe de 26 ans au bord du naufrage mais au sommet de sa créativité. Une variété intransigeante, mêlant poésie et émotions, un beau disque. Très beau.


Aux dernières nouvelles, l'homme se trouve en cure de désintoxication en Arizona, aux côtés de sa belle. Cette fois-ci, il s'y rend de son plein gré.

# Posté le jeudi 24 novembre 2005 12:52

Modifié le vendredi 25 novembre 2005 12:50

Animal Collective - Feels

Animal Collective - Feels
Animal Collective, le gentil et légèrement fêlé collectif psychédélique, revient après quelques mois d'absence avec un nouvel album, une nouvelle révolution expérimentale.

C'est une septième jeunesse, de nouveaux horizons qui s'ouvrent au groupe. En effet : les bêtes curieuses d'Animal Collective ont enfin daigné composer leurs oeuvres dans un format plus conformiste, livrant pour résultat des chansons (oui, des chansons !) à géométrie très variable. Ainsi, le voyageur “Grass” a des allures de rock alternatif lourdement céleste, une musique droguée et colorée.

L'innocence enfantine est alors admirablement conservée par des atmosphères réjouissantes et paresseuses, entrecoupées par de flamboyantes explosions sonores ("Banshee Beat"). Parfois minimalistes (“Loch Raven”), parfois grandiloquentes (“Did You See The Words”). Les digressions hallucinogènes de Panda Bear, Avey Tare, Geologist et Deakon sont d'une variété rare et révolutionnaire, entre musique tribale et électro, entre folk et prog-rock.

Feels marque d'un ton joyeux la fin d'une période difficile, parfois pesante bien qu'intéressante, en alliant ses expérimentations uniques à une structure plus conventionnelle. La musique n'en souffre d'aucune facon et reste un véritable échappatoire au monde réel pour un univers lumineux rempli de gentils animaux, de paix, de fantaisie...

Mais quand leur folk progressif finira-t-il de progresser ? Animal Collective semble être ce genre de groupe obscur que la presse déterre une trentaine d'années plus tard en prétextant avoir trouvé LA perle rare que personne ne connaissait.

Mais non. Ceux-ci sont repérés, et n'échapperont désormais a personne.


a écouter aussi, le side project de Panda Bear avec son album Young Prayer.

# Posté le vendredi 04 novembre 2005 16:09

Devendra Banhart - Cripple Crow

Devendra Banhart - Cripple Crow
Voilà quelques mois, Devendra Banhart et sa troupe de joyeux saltimbanques annonçaient leur entrée dans un studio de Woodstock pour y enregistrer un album influencé par le brésilien Caeteno Velloso et Donovan.

Pourtant, l'entrée de cet album, à la pochette inspirée par le Sgt Pepper's des Beatles, se fait sur une ritournelle folk, délicieuse, mais pas exceptionnelle pour autant. La beauté ne se fait pas attendre. Une musique aux consonances latino américaine inondant les conduits auditifs débarque dans une terrible décontraction. Voila l'album. Celui que tous les fans de Devendra Banhart attendaient. Celui qui ferait sortir le barbu bohème de son intimisme pour lui faire explorer de nouveaux territoires. Ce disque, il vagabonde joyeusement, parfois avec amour, dans des contrées inconnues, à l'image de Dean Moriarty dans Sur La Route, ce roman emblématique de la beat génération.

Alors que trouve-t-on dans ce Cripple Crow ? Du folk, bien sûr. Un folk qui aurait pu finir par lasser, mais qui parvient malgré tout a se renouvelr ("Mama Wolf"). De belles ballades latines ("Quedate Luna") accompagnées par de discrets maracas, des compositions du songwriter qu'on croirait sorties des fins fonds de la tradition brésilienne. Egalement de délicieuses pop-songs un peu déglinguées et terriblement jouissives ("Heard Somebody Say"). Et cet hybride, ces percussions instinctives, cette guitare à l'excitation cool, couplée à une basse électrique... et surtout à cette voix mystique ? Comment lui donner un nom ? Il se nomme "I Feel Like A Child", "Little Boys", "Chinese Children"... il se nomme bonheur.

C'est avec ce disque, a la maturité audacieuse et précoce (l'homme n'a que 24 ans), que Devendra Banhart s'affirme comme un des meilleurs, voire le meilleur songwriter de sa génération. Il est le seul à suivre la lignée des grands artistes et compositeurs tels que Nick Drake, Bob Dylan, ou encore Marc Bolan.

Il est le seul à revendiquer cet héritage tout en osant aller plus loin, suivre sa voie en gardant une pensée pour ces martyrs sacrés (Banhart manque de fondre en larme à la seule évocation de Nick Drake...). En sortant cet époustouflant quatrième album, il se décolle avec douceur l'étiquette "néo-hippie" qu'on lui avait collée sur le front et la remplace par un troisième oeil. Celui du musicien, au sens noble du terme.

# Posté le jeudi 15 septembre 2005 12:08

The Dead Kennedys

The Dead Kennedys
A la fin des 70's, une vague contestataire envahit l'Angleterre puis les Etats-Unis. Une scène punk-hardcore particulièrement fructueuse s'implante alors en Californie, dévoilant la rage écumante de quelques formations mythiques, dont les Dead Kennedys.

Le groupe, dont le seul nom fit scandale, se compose au chant de Jello Biafra (du nom du pays africain ravagé par la sécheresse et la famine), à la guitare de East Bay Ray, à la basse Klaus Flouride, et a la batterie de D.H. Peligro. Leur musique, rapide et violente dans la pure tradition hardcore, déverse, à coups de riffs survoltés et de basse vrombissante, une philosophie radicale et délicieusement malsaine.

Suite à un pari, en 1979, le leader du combo punk se présente aux éléctions de gouverneur de Californie. Il s'en sort avec la 4ème place, ce qui est tout à fait honorable, surtout avec un programme comme celui ci : suppression des voitures en ville, autorisation aux sans-abris de loger dans les immeubles vides, obligation pour les businessman de se déguiser en clown ...

C'est dire si la provocation et l'engagement politique sont des éléments primordiaux sans lesquels les Dead Kennedys perdraient beaucoup de leur intérêt, malgré leur aisance musicale. Ainsi, la récupération du plus mauvais gout de l'hymne nazi dans "California Uber Alles" donne un hymne punk contestataire magistral. Certains morceaux sont simplement cruels et gratuits, comme par exemple "I Kill Children". Jello Biafra, totalement allumé, chante avec toute sa hargne et sa folie. A la fois comique et effrayant, le chanteur incarne parfaitement la ligne de pensée de son groupe. Bien sur, les musiciens sont tous d'un niveau plus qu'acceptable. Le sommet musical de leur premier album, Fresh Fruit For Rotting Vegetables, reste a mon sens "Holiday In Cambodia", avec une guitare diabolique affublée d'une délicieuse reverb.

Le groupe enchaîne les albums et les procès (le groupe est sujet à de nombreuses attaques des conservateurs californiens), tout en déclinant progressivement avec In God We trust Inc. (toujours cet humour décalé et provocateur ...), Plastic Surgery Disasters, Frankenchrist etc.

Jello Biafra, patron du label Alternative Tentacles depuis 81, est accusé par les autres membres de DK, après la compilation Give Me Convenience Or Give Me Death, d'arnaquer ses "collègues" sur les royalties. Conflits, attaques en justices ... Exclusion définitive de Jello Biafra en 2000.

En 94, Biafra est agressé dans un club par des crânes rasés (skin ? bone ?) le considérant comme "vendu". Les deux jambes de l'infortuné sont brisées.

Le groupe tourne actuellement avec Jeff Penalty, soi-disant clone de l'ancien frontman. Inutile de dire que cette pratique ne présente aucun intérêt.

Le charisme ne s'invente pas.

- Un concert des Dead Kennedys le 22 novembre, date anniversaire de l'assassinat de JFK, c'est plutot de mauvais goût, non ?"
- Bien sûr, mais les assassinats ne sont pas de très bon goût non plus. "

(East Bay Ray, 79)

# Posté le lundi 05 septembre 2005 15:31

Modifié le dimanche 11 septembre 2005 11:54

The Clash - London Calling

The Clash - London Calling
Aujourd'hui, tout disquaire qui se respecte dispose d'un rayon "ska-punk". Pourquoi cette alliance entre musique jamaïcaine racine du reggae et musique Anglaise contestataire et violente ? La réponse a un nom : The Clash.

Après des débuts virulents et punks au possible, ponctués de quelques séjours en prison (dûs, par exemple, à une chasse au pigeon en plein Swingin' London), Joe Strummer (chant-guitare) , Paul Simonon (basse), Mick Jones (guitare) et Terry Chimes, puis Nicky « Topper » Headon (batterie), laissent derrière eux la violence de leurs premiers enregistrements. Joe Strummer, grand adepte de dub, de reggae, et de bon nombre de courants musicaux jamaïcains, entraîne son groupe vers des contrées autrement plus intéressantes et abouties que le rock primaire des Pistols (que le groupe a accompagné pour jouer sa première partie dans la tournée Anarchy In The UK en 76).

Le mariage du punk et du rocksteady, musiques contestataires par excellence, se celle sur London Calling. Cet album, désormais légendaire, dont le nom aurait du originellement être Le Nouveau Testament, est vendu à un prix dérisoire, comme l'exige le combo anglais : cinq livres. La pochette plagie délibérément le graphisme d'un enregistrement d'Elvis Presley, ce qui justifie la reprise du standard rockabilly de Vince Taylor, "Brand New Cadillac".

Tout commence avec un martèlement mythique de guitares, dans lequel Strummer chante l'apocalypse : "London is burning...". Jusqu'ici, malgré la qualité du titre "London Calling" et le clin d'½il malicieusement camouflé à l'"Armagideon Time" de Willie Williams, on ne décèle que difficilement les influences révolutionnaires annoncées plus haut. L'attente n'est pas longue : les cuivres font leur entrée dans "Jimmy Jazz", dévoilant une musique hybride inconnue jusqu'ici, un punk à la basse reggae paresseuse, ponctué de soli de saxophone, trompette ... Et quand The Clash retrouve son urgence revigorante, les vents sont toujours la pour ensoleiller les compositions ténébreuses de Strummer.
Les guitares font également les frais de ce melting-pot musical, produisant un son à la fois limpide, mélodieux et légèrement distordu.

Cette invention musicale, terriblement efficace, produit des morceaux hargneux et festifs. Ceux-ci rompent avec la tradition du punk britannique bête et méchant des 70's, n'ont pas pris une seule ride, comme tous les chef-d'½uvres qui peuplent nos disquaires. De telles innovations n'arrivent pas tous les ans. Pas avec ce formidable impact populaire, pas en dehors de la scène eundeurgrounde, et rares sont les groupes engagés au potentiel artistique si significatif. Rage Against The Machine s'en est vaguement approché, en vain. Dans tous les cas, remerciez-les, ces artisans de la dernière "Revolution Rock", et n'hésitez pas a observer une bonne minute de silence pour feu Joe Strummer, décédé le 22 décembre 2002.

# Posté le jeudi 01 septembre 2005 11:59

Modifié le dimanche 04 septembre 2005 12:03