Neil Young - Harvest

Neil Young - Harvest
En 1972, la légende vivante Neil Young fait découvrir au monde ses compositions folk et une intonation haut perchée plutôt rare de la part du Loner.
Harvest est né.

Tout est là : guitare sèche, harmonica, cheveux longs ... il ne manque que le feu de camp et les pétards qui tournent... Plus sérieusement, une émotion peu commune se dégage de l'enregistrement. Neil Young, qui jusque là s'était surtout fait remarquer en compagnie de Stephen Stills, Graham Nash et David Crosby, s'affiche sur Harvest comme un Bob Dylan plus soucieux des mélodies, et la voix on ne peut plus douce. Même un certain engagement passe par "The Damage The Needle Done" contre, en Français, les dommages causés par la seringue. C'est en effet à l 'aube des 70's que l'héroïne fait sa réelle entrée dans les veines des rock-stars (même si quelques ... avant-gardistes sont déjà amateurs fin 60's) , volant la vedette aux acides. Dans le même registre, "Are You Ready For The Country", commence dans un formidable désordre pour se muer en un morceau à la limite de la country.
Le thème récurrent reste tout de même l'amour (peace & love, brother !) dans "Out On The Weekend", "A Man Needs A Maid", "Old Man"...

Difficile de croire que la guitare électrique est l'instrument favori du solitaire canadien quand on écoute ces ballades millésimées, souvent étoffées de cordes ou de piano, qui ont logiquement inspiré une génération entière de hippies sentimentaux et contestataires.


“I Wanna live, I wanna give ...”

# Posté le lundi 29 août 2005 13:02

Lou Reed - Berlin

Lou Reed - Berlin
1971. Lou Reed, héroïnomane solitaire, se retire en Allemagne pour enregistrer un album superbement pervers : Berlin. L'audace de ce grand et sous-estimé album n'apparaît en cette année qu'a un public restreint d'avertis. En effet, les ballades de son précédent et plus conventionnel disque, Transformer, n'ont pas grand chose à voir avec le chef d'½uvre noir et provoquant.

La descente commence avec une dissonance très Velvetienne qui laisse place à un ch½ur entonnant " Happy Birthday ". Cette introduction fait l'effet d'une bombe a nostalgie. Vient ensuite le réel thème du disque. Un piano hanté par une voix inimitable. Une voix des bas-fonds d'une ville sale mais orgueilleuse. Le tout prend de l'assurance dans " Lady Day ". Lou Reed s'essaie même à la chanson politiquement engagée dans " Men Of Good Fortune ". Le dyptique de l'album, " Caroline Says " (un des nombreux " ... Says " du Lou, entre Lisa et Stephanie) ressemble a un appel à l'aide tristement enjoué. L'ambiance, bien que toujours tendue, se relâche avec des solos de guitare endiablés, et même une section de cuivres le temps de deux morceaux (" Oh Jim " et " How Do You Think It Feels ") pour mieux sombrer dans un spleen sans pareil, un lent et douloureux bad trip. Une triste ballade ponctuée de pleurs d'enfants précède une superbe composition traitant du suicide d'une femme. Celui qui ne pleure pas sur " The Bed " n'est pas humain. Le final, " Sad Song ", est resplendissant de violons et de ch½urs sans scrupules.

Ce Berlin qui fut surnommé " le Sgt Pepper's Noir " mérite bien plus qu'une comparaison aussi flatteuse que basse de plafond. Ce chef d'½uvre baroque méconnu mérite même bien plus qu'un misérable article.

# Posté le mercredi 10 août 2005 18:59

Modifié le jeudi 11 août 2005 10:03

Stupeflip - Stup Religion

Stupeflip - Stup Religion
Après son scandaleux (mais jouissif) premier opus, le crou Stupeflip est de retour avec, cette fois, une religion condamnant automobiles et divinisant les animaux morts.

King Ju et ses acolytes annoncent d'emblée la couleur avec le très hardcore et extrême "Krou Kontre Attakk" et enchaîne avec le morceau de l'album, "La Religion Du Stup", magnifiquement morbide et hypnotique, qui résume parfaitement le concept de leur mouvement déjanté tout en laissant de grosses traces de mystère en chocolat bien dégoulinant.

Le désespéré "Mon Style En Crrr" démontre une nouvelle facette du crou déja introduite au début de l'album. Les paroles, toujours aussi étranges et bisarrement compréhensibles, sont rythmées par des allitérations ... en "crrr". Le survolté "Stup Danse", et son martèlement de synthés caractéristique, est un délice dans la lignée de "Je Fume Pu D'shit" (pour la musique). Un des passages les plus hilarants du CD sont les intervention du mal-aimé et corrompu Pop Hip, qui nous lache son dernier tube anti-voitures : "Les Cages En Métal". Cette ballade Pop Rock à la hargne volontairement insipide est ouvertement dédiée aux radios à fric ("du pognooooooooon ! On veut du pognooon !" hurle le crou a la fin du morceau).


- Hé, Les mecs, j'peux vous chanter ma nouvelle chanson de rock que j'ai trouvé ?
- Ouais, tu fais ça on lache le chien
- Okèèèèèè !


"35 Animaux Morts", qui met en pratique un des principaux précepte de la religion du Stup, sonne indéniablement hip hop, même si la voix écorchée de King Ju rappelle toujours, inévitablement, le hardcore. Même constat pour l'excellente "L'Enfant Fou", qui dénonce la cruauté enfantine. Le drôle de cocktail "mélancomique", nouvel élément de l'album, revient sur "Stup Monastère", à mon sens un des meilleurs morceaux de cet enregistrement.

En revanche, la palme de l'humour est décernée aux dernieres compositions du Crou, a savoir "Le Cartable", ballade crétine et méchante, et "Argent", avec son synthé de plomb et son mépris enfantin.

L'effet de surprise passé, Stupeflip avait un difficile challenge à relever, c'est chose faite. Si ce dernier album du groupe le plus barré du moment fera diverger les opinions, la mienne est toute faite. Les "troubadours mélangeant rock, rap, et ritournelles de variété" valent toujours le détour !

# Posté le dimanche 07 août 2005 18:06

Modifié le jeudi 11 août 2005 10:06

Pour notre culture, contre l'esclavage culturel

Pour notre culture, contre l'esclavage culturel
Les meilleurs enregistrements sont ceux qui sont les plus difficiles a apprivoiser. On écoute, et on sent qu'il y a quelque chose a apprécier, quelque chose dont l'ampleur est à saisir. Un feeling a saisir. En écoutant ces disques, on sait que quelque chose de nouveau est apporté à la musique.

Les décharges consensuelles des ondes grand public sont étudiées pour être vaguement appréciées dès la première écoute ... et détestées dès la deuxième. Sauf par les moutons qui sont déjà formatés par le système commercial de la "musique". La facilité d'accès de ces mélodies sans intérêt rend l'oreille de l'auditeur affreusement passive. Le concept du temps de cerveau humain disponible a enfin été mis au goût du jour, mais qui vous dit qu'il ne se rapporte qu'à la publicité ? Dans cette musique, il manque l'audace, l'innovation. Elle incite le consommateur à stagner devant les évènements comme devant ses ritournelles bas-de-gamme... mais pas bon marché pour autant !

Car la passivité se paie au prix fort. L'état profite largement de l'abrutissement de son peuple avec sa TVA scandaleuse. Le marché musical du capitalisme, ou comment élever docilement les moutons de son pays.

Toi qui lis en ce moment même cet article dénonciateur et haineux, ne laisse pas la musique industrielle formater ton esprit ! bats-toi pour la diversité culturelle, musicale de ce monde ! Ne te laisse pas ruiner par tes dirigeants ! Télécharge ! Sors du troupeau, défie les interdits et clame haut et fort ton opposition à l'asservissement que subit la majorité de la jeunesse de ce pays !

# Posté le mercredi 03 août 2005 09:42

Modifié le mercredi 03 août 2005 10:39

Eurockéennes 3/7/5

Eurockéennes 3/7/5
Cette année, la programmation des Eurockéennes fut digne des plus grands festivals du monde, avec, dans le rôle des gros poissons, Queens Of The Stone Age, Nine Inch Nails, Bloc Party, Garbage, Sonic Youth, etc.

Malheureusement, je n'ai pu m'y rendre que le dernier jour, le 3 juillet. La journée débuta avec The Killers. Leur prestation fut particulièrement décevante, et nombreux furent ceux qui se demandaient ce que ces guignols en costard faisaient sur une si grand scène. The Killers ne convaincront pas vraiment. Le public ne bougea vraiment que sur "Somebody Told Me", leur tube savamment calibré.

Une des meilleures performances a été pour moi celle d'Andrew Bird. Le songwriter américain débute avec un "Sovay" habité, méconnaissable, troublant et délicieux, pour poursuivre sur un show époustouflant. L'artiste alterne constamment violon et guitare, sifflement envoutant et chant exceptionnel, ballades presque expérimentales en pizzicati et chansons pop millésimées. Andrew Bird a conquis les public avec sa musique délicieuse et son atmosphère légèrement humoristique et sans gêne (la première chose qu'il fait sur scène : il enlève ses chaussures). Vraiment, le violoniste chanteur (etc...) est un grand artiste, qui prend toute son ampleur en live avec des versions très différentes des enregistrements studios. La voix, la virtuosité, le charisme de l'homme est à retenir.

La prestation du jeune et hype groupe The Bravery fut également épatante. Plus d'une heure de bordel furieux et électrique. Ce groupe sait vraiment bouger sur scène, tout en donnant l'impression de se foutre du public. Leur rock, ne reniant pas les machines, a apparemment beaucoup plu au public des Eurocks. Le chanteur, a la voix relativement calme sur CD, se vide en live de toute se bestialité, se plie en deux, hurle ... tandis que le bassiste se promène allègrement sur scène, retire son T-Shirt, et finit le show porté par le public. Le guitariste est doté d'une technique acceptable, il est capable d'assurer des solos parfaitement respectables. Les Braves doivent être les seules personnes à avoir réussi a faire passer des bouteilles en verre dans le festival. En effet, les chansons sont délimitées par de longues goulées de bière, et parfois de crachats aromatisés houblons ...

La grand scène accueille ensuite Sonic Youth, groupe légendaire de noisy-rock, dont je n'ai pas su capter l'ampleur de l'art ... j'en suis d'ailleurs assez triste. Faute d'apprécier ma musique des vétérans américains, je me dirige vers le plage, voir le concert d'un groupe funk : Plant Life. Le chanteur, avec ses faux airs de Lenny Kravitz, ponctue le spectacle de rap. Les cuivres survoltés, la guitare surexcitée, la délicieuse chanteuse ... les Plant Life ont dans l'ensemble assuré et su faire bouger le public malgré leur style assez inhabituel dans un festival de rock.

A 23h15 débute sur la grand scène le concert de Louise Attaque. Apparemment, tous les festivaliers sont au rendez-vous. Pas de doute, le groupe français a conservé sa fougue du passé et a encore de quoi faire danser des milliers de personnes. Tant avec ses hymnes habituels qu'avec ses nouveaux titres. La communion du chanteur avec le public était très appréciable. C'est d'ailleurs ce qui a beaucoup manqué à la majorité des concerts. Bref. Louise Attaque nous a fait grand plaisir, notamment avec un rappel de quatre titres !

Les Eurockéennes, festival ouvert d'esprit et de grande qualité, n'a pas fini de faire bouger les foules, de déchainer les groupes de rock et de faire hurler les amplis. Ma main à couper.

# Posté le lundi 04 juillet 2005 13:59

Modifié le vendredi 15 juillet 2005 06:23